CAMEROUN:POURQUOI LES ANGLOPHONES VONT SE RADICALISER

Boris Bertolt

En décidant le 17 janvier 2017 d’interdire le CONSORTIUM qui était jusqu’à ce jour le principal instrument de négociation autour du problème anglophone, le gouvernement de Yaoundé a sans aucun doute radicalisé la contestation, amplifié la base du mouvement, consolidé ses appuis, et essentialisé les identités. La décision du gouvernement a pour corolaire de transformer en comportement déviant toutes les revendications des anglophones dont certaines sont légitimes. Dès lors l’arrestation des leaders de la contestation répond à une criminalisation des revendications. La criminalisation entendu ici comme processus institutionnel par lequel les revendications des anglophones sont considérées comme des crimes et susceptibles d’être sanctionnées par les lois. Or, il s’agit là d’une erreur stratégique et ce au moins pour deux raisons. La premières raison tient du fait qu’en contexte de crise, l’issue dépend largement de la représentativité, de la légitimité des acteurs qui sont autour de la négociation, mais également et c’est cet aspect qui est le plus important, en transformant les revendications des anglophones en crimes et en potentiels criminels leurs leaders, le gouvernement de Paul Biya réalise de manière inattendue une « amplification de la déviance » ou amplification de la contestation.

D’un point de vue théorique, l’amplification de la déviance ou en anglais « déviance amplification », un concept du criminologue Leslie Wilkins, renvoie à la manière dont l’intolérance, le rejet, la criminalisation d’un comportement qu’un Etat ou une société considère comme déviant, loin d’être dissuasif ou d’y mettre un terme contribue plutôt à son accentuation dans de nombreux cas. Plus un groupe est catégorisé comme criminel, plus un groupe subit des arrestations et le rejet, plus il se développe, se structure et s’assume. C’est la raison pour laquelle Leslie Wilkins propose la tolérance, des politiques moins répressives, la différence pour ne pas accentuer la déviance.

Vu sous cet angle, il apparaît aisé de comprendre que loin de calmer la situation, les mesures répressives du gouvernement de Yaoundé vont nous plonger inéluctablement vers une situation à l’issue incertaine. Car les anglophones qui considèrent leurs revendications pour la fédération et une meilleure gouvernance vont renforcer leurs convictions, accepter d’être considérer comme déviants, s’organiser et se structurer autour d’une identité commune qui risque de ne plus être en association avec leurs frères francophones.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aux universitaires de Yaoundé qui sont englués dans leurs vieilles théories du 18ème siècle sur l’Etat, sachez que vous êtes entrain de causer un très grand mal au peuple camerounais et vous êtes en train d’induire le gouvernement de Yaoundé en erreur en tentant de donner un caractère scientifique à la répression dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest. Je ne sais pas si « l’esentialisme stratégique » de Judith Butler vous dit quelque chose, mais j’y reviendrais pour vous montrer comme on dit au quartier que vous êtes dans le « VRAI NDEM » sur le problème anglophone.

Au gouvernement de Yaoundé, libérez les leaders du CONSORTIUM, retournez à la table des négociations, retirez l’armée des zones anglophones. Je puis vous garantir que si vous persistez avec cette politique répressive, vous n’aurez que vos yeux pour pleurer. Quand l’enfant dit qu’il est malade, on l’écoute. On ne le tabasse pas. Aucun gouvernement au monde n’est venu à bout d’une minorité à travers la répression.
Per Boris Bertolt


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