Haman ManaLa question camerounaise

Comment continuer à se construire et à croire en l’avenir dans un pays que l’on aime, mais dont on a constaté que les dirigeants n’ont cure, ni du présent, ni des lendemains?
Les Camerounais devant ce dilemme, ont emprunté plusieurs chemins: d’aucuns ont choisi de partir. D’autres ont pris l’option de rester, mais sans être là, en abandonnant leur citoyenneté, c’est à dire en laissant faire, se laissant faire, en attendant…Mais il y a d’autres encore, qui ont cru pouvoir s’inventer un avenir différent, en se soustrayant de ce système qui perdure, sans garantie pour l’avenir de notre nation.

La question dite «Anglophone» est donc née.
Hauts commis de l’État en réserve, analystes politiques, politologues, spécialistes de la science politique se sont penchés sur la question pour apporter leurs éclairages et points de vue. Mais plus on s’avance, plus le sujet semble gagner en complexité.
Des options de sortie de crise ont été échafaudées. Mais jusqu’à présent aucun changement notable n’a été observé.
On serait même rentré dans une phase de durcissement et de radicalisation à la suite de l’échec des négociations entamées avec le pouvoir en place. Les Syndicats des enseignants et le Consortium de la société civile ont été interdits.

À regarder de près, le problème dit «anglophone» n’a de complexité que la complexité que veut lui donner les gouvernants afin de construire un écran de fumée et garder le citoyen lambda loin des exigences réelles de nos compatriotes de langue anglaise qui en réalité sont aussi les notres mais que nous taisons. Par lâcheté, par opportunisme, ou par bêtise.

Lors qu’on entend parler de fédéralisme ou de la sécession selon les cas, peut-on y voir plutôt la volonté de nos compatriotes d’échapper à un système caractérisé par une faible culture démocratique, la mal-gouvernance et une farouche prédation de la fortune publique?

Tout se passe comme si en exprimant le voeu de se séparer du centre du pouvoir, des Camerounais des provinces du Nord-Ouest et Sud-Ouest voulaient se soustraire du joug de l’oppression fonctionnaire et ainsi se donner une chance pour un meilleur futur.
Le problème dit «anglophone» trouvera sa solution dans la solution au problème camerounais. Ce problème camerounais, Il faut le voir, suivant trois axes: une alternance libre, transparente et démocratique; une amélioration de la gouvernance et …la fin du règne de monsieur Paul Biya et du système de prédateurs de la fortune publique.

Ne nous voilons point la face: l’éruption anglophone n’est que l’un des symptômes de la maladie camerounaise, que tout le monde connaît, mais que personne ne veut nommer.
Haman Mana.

Commentaire: A la lecture de cet éditorial, on ne peut être que te tenter de rentrer relire l’ouvrage de Achille Mbembe intitulé: Le problème national camerounais. Voilà le rôle des intellectuels. A un moment ils doivent avoir la capacité de siffler la fin de la récréation


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